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Le désengorgement du quartier de la gare saturé de voitures constitue bien naturellement un choix de politique publique locale.

Pour autant les nuisances étant bien réelles, autorisent-elles à affirmer n’importe quoi en matière de solution ?

Pour notre part nous ne le croyons pas et il faut, en ce domaine comme en d’autres, savoir raison garder.

Depuis quelques semaines une liste nouvelle est apparue dans le paysage politique local emmenée par un bacot dont la volonté d’être maire est inversement proportionnelle à son assiduité à suivre les débats du Conseil municipal.

La formulation de propositions ineptes résulte sans doute à la fois de cette inexpérience dans la chose publique et, soyons indulgents, de la volonté de bien faire.

Quelles sont les propositions ? Un garage souterrain... Jusque-là : rien à dire : un silo enterré est toujours plus élégant qu’un silo apparent ! Notons cependant qu’à surface égale un silo de plain-pied certes plus moche demeure toujours moins cher qu’un silo souterrain ; on en a  toujours que pour ce qu’on est prêt à mettre au pot !

En revanche le choix du financement  - car il faut bien financer ce bidule – proposé par liste de M. GAUTHIER est assez inquiétant quant à la solidité de son raisonnement en la matière.

Remarquons en préambule qu’un premier tract affirme en substance mais fort explicitement : « le parking souterrain sera construit par le biais d’un PARTENARIAT PUBLIC PRIVE (PPP). Et en plus ça ne coutera rien aux contribuables bacots ! Et il rajoute : les utilisateurs bacots auront un tarif préférentiel.

 

1er épisode : KÉSACO un PPP ?

 

A la question « qu’est-ce qu’un PPP ? » (au demeurant désormais légalement dénommé « contrat de partenariat » depuis 2016), question posée à Monsieur GAUTHIER dimanche 7 septembre sur le marché, notre adversaire, embarrassé répondit par une autre questioncomplétement à côté de la plaque : « Vous voulez parler d’un Plan Pluriannuel d’Investissement ? ».

Nous ne savons pourquoi mais à cet instant nous eûmes la vague impression de revivre un feuilleton « Mabille saison II »…

Bref, le dialogue démarrait mal, notre adversaire n’ayant pas encore lu le paragraphe de son programme.

Non Monsieur GAUTHIER ! Un PPP n’est pas un PPI !  Et le truc mnémotechnique pour les distinguer, c’est le dernier mot de l’acronyme (à méditer).

 Si, comme semble l’affirmer Monsieur GAUTHIER, personne ne paie dans cette formule de PPP, ne nous privons pas de commander alors :

  • une piscine olympique (avec si possible un pédiluve en marbre de Carrare) ;
  • une patinoire avec anneau de vitesse ;
  • une piste de bobsleigh ;
  • un terrain de polo (pour faire la nique aux bellifontains et parce que ça fait chicos) ;
  • une pizza 4 fromages ;
  • une médiathèque avec rétro-lasers incorporés qui éclairent le ciel ;
  • une famille de ratons-laveurs ;
  • une deuxième piscine olympique s’il y a une promo (et uniquement si ça compte en points pour la carte fidélité Carrefour !).

Soyons sérieux ! Ce qu’occulte sciemment Monsieur GAUTHIER c’est le fait que ce seront les usagers qui paieront. Et si la rentabilité économique de l’investissement ne peut être assurée par la seule location des emplacements, c’est la commune et ses contribuables qui subventionneront pour assumer l’équilibre du machin.

Toujours animé par notre vocation pédagogique (quoiqu’avec Monsieur MABILLE, reconnaissons-le, notre vocation à la formation permanente trouva avec lui ses limites) ; nous allons expliquer ce qu’est un contrat de partenariat (ex PPP).

Il est l’avatar de la pensée de Mme THATCHER reprise à son compte par son successeur, tout aussi néo-libéral, Tony BLAIR (certes ça ne nous rajeunit pas mais c’est rigoureusement exact).

Le contrat de partenariat est un mode de financement par lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement assurant ou contribuant au service public.

Le partenaire privé reçoit un paiement en contrepartie de la construction et de sa maintenance (voire de l’exploitation du service lié). Ce paiement correspondant à un loyer versé par le partenaire public et/ou des usagers du service qu'il gère. Dans notre cas, le contrat de partenariat lierait sur longue durée l’apporteur de terrain (la commune) et le groupe de BTP propriétaire-gestionnaire du bâti jusqu’au terme de la convention soit une durée à déterminer (le temps pour le partenaire privé de rentrer dans ses frais donc plus ça coute plus ça dure).

Notons au passage que l’usage des (ex) PPP fait régulièrement l’objet de rapports carabinés de la Cour des comptes qui y voit un contrat léonin, déséquilibré au détriment de la puissance publique (le terme « arnaque » n’est cependant pas employé car les juges savent se tenir).

Pour résumer le contrat de partenariat, c’est : « confie-moi ta montre et tu paies pour avoir l’heure ! ».

Dans la série des films d’horreur : le PPP de l’hôpital de SUD FRANCILIEN de CORBEIL, le stade du MANS pour ne citer que les plus emblématiques. On notera toutefois non sans malice qu’il n’existe pas jusqu’à ce jour de PPP menés par des villages de 5700 âmes comme BLR !

Aussi, dans l’hypothèse improbable où un grand groupe de BTP s’intéressait à notre petit village :

1/ on peut légitiment s’inquiéter (Mais où vas-tu petit chaperon rouge ? Viens je vais t’indiquer le chemin du PPP, il est plus court !) ;

2/ le groupe de BTP se rémunérerait pour rembourser à la fois ses travaux souterrains sur nappe phréatique (à terme permet toutefois de convertir l’équipement en marina), sa gestion de parking et sa maintenance ;

3/ le groupe de BTP subirait un faible taux de remplissage durant le week-end et les vacances, infime en nocturne ;

4/ le groupe de BTP vendrait essentiellement des abonnements et fort peu de tarifs horaires ou journaliers à plus forte marge ;

5/ le groupe de BTP aurait à subir un tarif préférentiel pour les bacots (entre ¼ et 1/3 de la fréquentation) tirant également sa marge à la baisse (une sorte de préférence locale automobile, un succédané de Le Pen véhiculaire) ;

6/ le groupe de BTP serait obligé de compenser son manque à gagner par un renchérissement supporté par les automobilistes de Chartrettes, Chailly et autres non bacots dont on ne mesure évidemment pas encore en retour l’effet d’évitement par le maintien des véhicules en stationnement journalier dans les rues de notre ville ;

7/ le groupe de BTP exigera de compenser son manque à gagner par un allongement de la durée de concession ;

8/ le groupe de BTP exigera de compenser son manque à gagner par une subvention d’équilibre sécurisant la rentabilité de son investissement  (« Le libéralisme pour les nuls » : tome 1 – page 1 – §1)

9/  le groupe de BTP n’accordera évidemment de tarifs préférentiels aux bacots qu’avec contrepartie (« Le libéralisme pour les nuls » : tome 1 – page 1 – §2). Le grand méchant loup ne se contentera pas du petit pot de beurre !

 

2ème épisode : LES AVENTURES DU PPP MASQUÉ

 

Rédigé par le même porte-plume, un deuxième tract spécifiquement centré sur le problème de la gare revient atténuer la téméraire rédaction du premier. On n’y lit plus « PPP », mention qui disparait, mais « un partenariat avec un acteur privé », ce qui laisse ouvert tout et son contraire.

Le tract indique en effet « une concession accordée à un partenaire privé, chargé de la construction et de la gestion ».

Si c’est une concession, ce n’est pas un PPP  ! Si le partenaire privé est chargé de la construction, de la gestion du service et se rémunère sur l’usager via une tarification validé par la collectivité ; ce n’est plus un PPP mais une concession de service public et, dans ce cas, ce n’est pas gratuit pour l’usager (que l’usager soit  d’ailleurs bacot ou extérieur à BLR) !

LE TRACT VEUT BIEN DIRE TOUT ET SON CONTRAIRE. Bref nos concurrents n’y connaissent pas grand-chose (MABILLE, sort de ce corps !). Rassurons-nous, dans tous les cas, on nous annonce que cela ne coutera pas davantage puisque c’est toujours gratuit pour les contribuables bacots. Mais alors qui paiera ?

 

PPP

DSP

 

Quelle conséquence du contrat PPP ?

·  Soit le tarif est très cher pour les bacots et abusif pour les autres

   => Parking non saturé

  => Rues saturées

·   Soit la rémunération du privé se fait sur le volume par un appel encore plus massif aux voitures.

Monsieur GAUTHIER  envisage sereinement (il est bien le seul) 270 voitures (nouveau parking) + 400 voitures (PPP) = 670 voitures concentrées en heures de pointe autour de l’ilot " Poste " sans compter le flux de passage...

 

3ème épisode et épilogue

 

Sans doute quelque peu chahuté par l'électorat averti bacot pour avoir préconisé un PPP. Le candidat tente un demi-tour en trois manoeuvres (ce qui notons-le est pourtant formellement prohibé dans les parking souterrains, !) et en loucedé.

Exit le flamboyant PPP-QUI-NE-COUTE-RIEN devenu une option parmi d'autres. Deux semaines après la téméraire annonce, le candidat propose en effet - et à voix basse - une plus classique DSP dont on peut estimer le coût entre 2 et 10 M€ selon l'option : parking ouvert, couvert ou souterrain.

S'agissant du pilier (ça tombe bien !) de son programme, on ne peut qu'être inquiet de l'approximation avérée du candidat sur un sujet aussi important dans la campagne électorale.

Un conseil : Patrick, laisse béton !